Nouvel Odéon - Paris

Ciné-Club
Le ciné-club de Thierry Jousse
Du : dimanche 6 septembre 2026Au : dimanche 20 décembre 2026

Le ciné-club de Thierry Jousse

Le ciné-club de Thierry Jousse est de retour au Nouvel Odéon pour la saison septembre - décembre 2026 ⭐️

À l’horizon, la rentrée et une nouvelle saison qui se profile. Et pour débuter cette nouvelle étape, quoi de mieux que de revisiter l’œuvre complexe et sublime d’un cinéaste américain majeur, Joseph L. Mankiewicz ? Six films, parmi ses plus importants, composent un cycle qui s’étend de la fin des années 1940 au début des années 1970, autrement dit qui couvre l’essentiel de sa carrière. Par ordre chronologique, nous débutons par un des plus beaux fleurons de cette œuvre majeure, L’Aventure de Madame Muir (1947), film de fantôme d’une délicatesse infinie et d’un romantisme hanté, qui donne son plus beau rôle à une actrice légendaire, Gene Tierney. S’ensuivront quatre films tournés par Mankiewicz dans les années 1950. Le premier d’entre eux est sans doute le plus célèbre, Eve, avec les grandes Bette Davis et Anne Baxter et même Marilyn Monroe, déjà remarquée dans une de ses premières apparitions à l’écran. Une grande histoire d’actrices au scénario diabolique. Le moins connu des six films du cycle, On murmure dans la ville, mérite pourtant largement le détour, ne serait-ce que par la présence de Cary Grant (que Mankiewicz surnommait « cette chanson joyeuse ») et parce qu’il traite, sur le ton d’une comédie à la fois acide et allègre, de l’effet très nocif des rumeurs, ancêtres des fake news et du harcèlement en ligne. La Comtesse aux pieds nus, quatrième film du cycle, a été, au milieu des années 1950, un des plus beaux exemples de la modernité du cinéma américain, très célébrée par la critique de l’époque. Une fable d’un romantisme noir sur Hollywood et ses vanités avec, en prime, l’extraordinaire Ava Gardner et le grand Humphrey Bogart. Avec Soudain l’été dernier, c’est l’univers de l’écrivain Tennessee Williams que Mankiewicz investit. Un film moite et envoûtant, avec un casting trois étoiles, Elizabeth Taylor, Katharine Hepburn, Montgomery Clift. Enfin, nous terminons en beauté avec l’ultime chef-d’œuvre de ce virtuose au fort tempérament, Le Limier (1972), vertigineux jeu de rôles, duel incroyable, métaphore d’une impitoyable lutte des classes, entre deux acteurs en lévitation, Laurence Olivier et Michael Caine.

À l’approche d’Halloween et de la Toussaint, nous dédierons un deuxième cycle à quelques Perles noires, c’est-à-dire des films  dont l’étrangeté brille d’un éclat tout particulier. Au programme, cinq longs métrages américains très singuliers et même uniques en leur genre - un par décennie, des années 1930 aux années 1970 - en commençant par le fascinant Freaks (1932) de Tod Browing, inoubliable méditation sur la monstruosité qui a directement inspiré David Lynch pour Elephant Man. Dans un autre registre, La Féline (1942) de Jacques Tourneur nous fait pénétrer au cœur de l’angoissante métamorphose d’une femme sous influence, avec un sens de la suggestion qui crée une véritable poésie de la peur. Premier et dernier film de l’acteur-cinéaste Charles Laughton, La Nuit du chasseur (1955) est, quant à lui, un conte nocturne, qui met en scène un pasteur effrayant, faussaire incarné par un Robert Mitchum plus vrai que nature, à la poursuite d’enfants en fuite. Une véritable œuvre culte qu’on peut voir et revoir à l’infini. Le quatrième film du cycle, Qu’est-il arrivé à Baby Jane (1962) de Robert Aldrich, met en scène un face-à-face mémorable entre deux grandes stars hollywoodiennes qui ont, toutes deux, débuté dans les années 1930, Bette Davis et Joan Crawford, deux sacrés monstres qui s’affrontent dans une atmosphère ensorcelante qui oscille entre le grotesque et l’horrifique. La dernière de ces « Perles noires » est Eraserhead (1977), premier long-métrage de David Lynch, véritable OVNI sorti de nulle part qui nous plonge dans un monde kafkaïen, entre réalisme et fantasmagorie. Encore un film unique qu’il est difficile d’oublier.

L’année 2026 s’achèvera avec un cycle dédié au grand cinéaste iranien, Abbas Kiarostami, disparu il y a dix ans tout juste. De Où est la maison de mon ami ? (1986), son œuvre la plus célèbre, à Ten (2002), la plus radicale, ce sont cinq grands films que nous vous invitons à redécouvrir à cette occasion. Les trois premiers - Où est la maison de mon ami ?, Et la vie continue (1992), Au travers des oliviers (1994) - forment ensemble une passionnante trilogie qui permet de voir l’évolution de la trajectoire d’un cinéaste, depuis son travail extraordinaire avec les enfants dans le premier jusqu’à la réflexion, à la fois brillante et très émouvante, sur une catastrophe, en l’occurence un tremblement de terre qui a eu lieu sur les lieux même où a été tourné Où est la maison de mon ami ?, dans les deux suivants. Palme d’or ex-aequo avec L’Anguille de Shohei Imamura, au festival de Cannes 1997, Le Goût de la cerise, quatrième film de ce dernier cycle, est un road-movie d’un genre très particulièrement qui met en scène un homme qui cherche désespérément quelqu’un pour l’aider à disparaître. Sûrement, un des films les plus subjuguants d’Abbas Kiarostami qui fonctionne sur  une obsession  à la fois morbide et vitale. Quant à Ten, le dernier de la liste, il met en œuvre un dispositif très simple mais absolument passionnant. Dix plans-séquences pour dix conversations entre une femme au volant et dix passagers qui prennent place dans sa voiture. Une idée qui paraît minimale, à première vue, mais qui, en réalité, s’avère particulièrement opérante pour porter un regard sismographique sur la société iranienne. En somme, le film d’un cinéaste qui, tout au long de sa carrière, a su ruser avec la censure iranienne et inventer un cinéma limpide, mystérieux et politique à sa façon, à la fois très concret et très profond.

Thierry Jousse

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